Pourquoi se marier ? Longtemps passage obligé et impératif pour des femmes qui n’envisageaient pas d’autre rôle que celui de mère au foyer, le mariage au Japon n'est plus ce qu'il était. Avec des noces plus tardives, des traditions sur le déclin et des divorces aujourd'hui courants, le mariage a depuis quelques années du plomb dans l’aile.
Le mariage au Japon est, plus qu’un choix dans la vie, un choix de mode de vie. Se marier ne veut pas dire obligatoirement pour la femme ne pas ou ne plus travailler, mais cela signifie avant tout une présence plus forte dans le foyer, du moins un sacrifice de tous les instants pour permettre l’équilibre de la famille, notamment pour faciliter l’éducation des enfants.
Les femmes sont d’ailleurs l’objet de fortes pressions sociales pour fonder un foyer et pallier les lacunes du système de prise en charge des personnes agées. Désormais conscientes de ces contraintes, les femmes retardent le mariage pour conserver leur indépendance.
Les Japonais se marient plus tard (en moyenne vers 27 / 28 ans de nos jours, alors que l’âge moyen était de 23 ans dans les années 1950) et divorcent davantage. Si le nombre de mariages augmente faiblement d’années en années, le taux de mariage pour 1000 habitants (6,4 en 2000) reste inférieur à celui des Etats-Unis (8,9). Les mariages tardifs, liés à l’alongement des études et au travail des femmes, se traduisent par une baisse de la natalité. Les divorces, eux, se multiplient, avec un taux pour 1000 qui est passé de 1,3 en 1991 à 2,1 en l’an 2000.
Jusqu’à il y a quelques années, les filles avaient peur de ne pas se marier. Aujourd’hui, ce seraient plutôt les garçons qui ne sont plus aussi sûrs de trouver une épouse. En raison de leur autonomie et de la diversification de leurs expériences, les jeunes japonaises sont en porte-à-faux par rapport aux garçons du même âge, déroutés par leurs compagnes.
Omiai et rennai kekkon
Le mariage a été, pendant des années, une affaire de famille et de raison plus que de sentiments. S’il existe des pesanteurs culturelles freinant une évolution des mœurs qui rend de plus en plus désuette la pratique du mariage arrangé, dit « omiai », celle-ci se poursuit toujours, principalement parce que le mariage est distingué de l’amour passion.
Le mariage par omiai a été une pratique répandue depuis Meiji (il le fut sous d’autres formes dans la bourgeoisie en France au XIXème siècle) et son formalisme – le jeu de l’intermédiaire qui présente le bon parti, l’entrevue officielle – lui donne l’allure d’un carcan que l’on peut retrouver dans bon nombre de mangas à l’eau de rose, tel Maison Ikkoku / Juliette je t’aime de Rumiko Takahashi.
En fait, il n’était pas rare que l’on fasse plusieurs omiai avant de se décider. Jusqu’au début des années 1930, 35 % des couples mariés de plus de 30 ans avaient connu un omiai.
Pourtant, les relations pré et post-maritales sont entrées depuis peu dans les mœurs. On parle aussi de l’époque de l’amour libre (Dôsei-jidai). Beaucoup de mariages demeurent organisés ou facilités par l’entourage familial et parfois professionnel, mais de nos jours, le mariage est devenu une affaire personnelle : la majorité se marie par affinités (renai kekkon) et à peine 10 % par arrangement. En effet, le mariage d’amour est celui auquel les jeunes générations accordent leur préférence.
Questions de temps et d’argent
Et lorsque l’on décide de franchir le pas et de se marier, il reste quelques problèmes à régler. Tout d’abord, quand se marier ? Au Japon, les saisons du mariage sont l’automne et le printemps, et s’il fallait désigner un mois préféré, ce serait sans contestation le mois de juin, celui où certaines personnes commencent à assumer une nouvelle responsabilité dans leur vie. Il y a dix ans, à l’époque de la bulle spéculative, le mot junbura (le mariage en juin) a tellement été entendu dans les médias qu’il est devenu un phénomène de mode parmi les jeunes japonais qui ont voulu commencer à se marier ce mois de l’année.
A cause de cela, il faut souvent procéder, pour la cérémonie de mariage, à des réservations au moins un an auparavant. En outre, le choix du jour des noces est important, car il y a certaines journées qu’il convient d’éviter, tels le butsumetsu (jour où Bouddha est mort), symbole de mauvais augure.
Comment procéder ? Il n’y a pas de règle établie concernant le choix de la cérémonie de mariage (kekkon shiki), et bon nombre de couples choisissent, pour des raisons religieuses ou autres, de se marier « à l’occidentale », selon les principes chrétiens ou bien encore bouddhiques, ou encore plus simplement à la mairie.
Mais le mariage dit traditionnel reste shinto. La cérémonie, qui rassemble pour l’occasion membres de la famille et proches des époux, est dirigée par un prêtre dans un sanctuaire shinto ou parfois dans une grande salle aménagée. Mari et femme se jurent fidélité lors de l’échange des coupes nuptiales (lors du san san kudo, ou échange en trois temps) et des alliances. Puis, le couple dépose devant l’autel des branches d’arbre (sakaki ou arbre sacré) en guise de dons aux dieux. Enfin, s’il est de coutume, chez nous, de jeter du riz, les japonais préfèrent arroser les mariés de pétales de fleurs, porte-bonheur.
Un banquet ou une réception peut être organisé suite à la cérémonie, l’occasion de réunir supérieurs, collègues, camarades de classe, professeurs et amis, mais là encore tout est question de budget et d’envie. Car toutes ces réjouissances ont un prix : des dépenses considérables qui s’élèveraient à quelques 8 millions de yens en moyenne il y a quelques années, auxquelles il faut ajouter, si possible, un joli voyage de noces. Avec la crise actuelle, la mode est d’ailleurs au jimikon, le mariage simple, pas cher et discret. Car pour vivre heureux, il faut vivre caché…
Les choix des femmes se sont multipliés et le mariage n’est plus une priorité, mais bel et bien une option parmi d’autres. Le stéréotype du mari au travail et de l’épouse au foyer a beau être toujours présent, il s’agit là d’un schéma dont les femmes ne veulent plus. La donne a changé, et la vie d’un jeune couple nippon va vite dépendre du style de vie choisi par l’épouse. Les hommes doivent à présent compter avec des japonaises qui s’émancipent, annonçant une société plus individualiste et dynamique que jamais.
Auteur : yvankun